Photo de tablettes de lois romaines dans un musée

Bric à brac juridique

Avec quoi faire l’histoire du droit ? Avec les livres de droit romain bien sûr. Les cours de Dario Mantovani au Collège de France, disponibles en ligne, donnent une approche lumineuse du trésor que constitue le corpus juridique dont nous avons hérité. https://www.radiofrance.fr/personnes/dario-mantovani Une documentation hétérodoxe sert de miroir à la pratique du droit dans les provinces impériales. Elle renvoie une image déformée qui montre comment les gens s’emparaient du droit, quitte à le tordre pour le faire coïncider avec leurs besoins, comment aussi ils tentaient de résister à l’empire du droit. Pour pénétrer ce quotidien du droit, il faut s’éloigner des lieux du droit, fréquenter les hétérotopies, explorer les poubelles des camps, vagabonder dans les cimentières pour recueillir des bouts de textes composés par des mains parfois malhabiles. Le voyage vaut le détour, car parfois il montre aussi comment de modestes artisans du droit tentaient d’accommoder la norme romaine aux traditions des peuples. ...

8 janvier 2026 · 25 min · 5322 mots · Soazick Kerneis

La Bretagne plurielle

L. Fleuriot, Les origines de la Bretagne, Paris, 1980. S. Kerneis, Les Celtiques. Servitude et grandeur des auxiliaires bretons dans l’Empire romain, Presses Universitaires de la Faculté de droit de Clermont-Ferrand, 1998 Le peuplement de l’Armorique Léon Fleuriot a insisté sur l’importance des flux de population entre l’île de Bretagne et l’Armorique, ainsi que sur leur étalement dans le temps. Il avait également souligné le contexte militaire de cette immigration bretonne et montré qu’elle n’affectait pas la seule Armorique, puisque des unités bretonnes se retrouvaient jusque sur le limes de Germanie. Les déplacements des Bretons doivent être replacés dans le contexte plus général de la politique frontalière de l’Empire romain. Depuis le IIe siècle, Rome avait systématisé la pratique de la déportation. Les prisonniers de guerre, levés chez les tribus frontalières, étaient transportés et établis ailleurs sur des terres publiques, dans des régions stratégiques pour la défense de l’Empire. Tel avait été aux IIe et IIIe siècles le sort réservé aux populations des Basses Terres d’Ecosse dont bon nombre avaient été déportées en Germanie supérieure sur le limes. Aux IVe et Ve siècles, la pratique s’intensifia et les triades galloises conservent le souvenir de ces départs, funestes pour le devenir de l’île. Elles racontent qu’il y avait eu trois aryanllu, trois armées parties à la suite de trois candidats au pouvoir, entre le milieu du IVe et le début du Ve siècle. Le premier départ avait été celui organisé par Arbogast, lors de l’usurpation de Magnence. Le deuxième par Maxen Wledig, l’usurpateur Magnus Maximus, en 383. Le troisième était parti « à la poursuite des Césariens chassés de cette île », c’est-à-dire après le départ des dernières légions retirées par Stilichon en 398. Ce sont les levées opérées par Constantin en 407. A trois reprises, les usurpateurs avaient levé des hommes, surtout au Pays de Galles, parmi les communautés militaires que les généraux romains y avaient installées, des réserves d’hommes qui pour l’essentiel étaient d’anciens prisonniers de guerre Pictes ou Scots. ...

13 janvier 2026 · 17 min · 3484 mots · Soazick Kerneis